Plaidoyer des femmes sans papiers, par Natacha Mugisi Tchitembo

Nous partageons ici le bouleversant plaidoyer lu par Natacha Mugisi Tchitembo, porte-parole du Comité des Femmes Sans Papiers et coordinatrice/fondatrice du Women’s Liberation Front lors de notre journée d’échanges du 30 juin dernier sur l’accompagnement des femmes victimes de violences conjugales en parcours migratoire. Puissent ses mots atteindre le plus grand nombre de cœurs. Nous ne pourrons plus dire que « nous ne savions pas ».

Mesdames, Messieurs,
Avant toute chose, permettez-moi de me présenter.
Je suis ici aujourd’hui, mais je ne suis pas seule.
Je porte une parole qui dépasse largement mon histoire personnelle.
Je parle au nom d’un collectif de femmes sans papiers. Des femmes qui se sont rencontrées dans des squats, dans des occupations, dans des lieux où personne ne rêve de vivre mais où beaucoup sont contraintes de survivre.
Nous ne sommes pas une association.
Nous n’avons pas de siège social.
Nous n’avons pas de numéro d’entreprise.
Nous n’avons pas de compte bancaire.
Nous n’avons même pas d’existence administrative.
Pourtant, nous existons.
Nous avons des visages.
Nous avons des enfants.
Nous avons des métiers.
Nous avons des blessures.
Nous avons des rêves.
Et surtout, nous avons des histoires qui se ressemblent tellement qu’elles ne peuvent plus être considérées comme des exceptions.
Si nous prenons la parole aujourd’hui, ce n’est pas pour susciter la pitié.
Nous ne demandons pas qu’on nous regarde comme des victimes passives.
Nous demandons simplement que notre réalité soit enfin regardée en face.
Parce que tant que notre existence reste invisible, aucune politique publique ne pourra réellement nous protéger.
Aujourd’hui, nous nous adressons à vous.
À vous qui travaillez dans les associations.
À vous qui accueillez les femmes victimes de violences.
À vous qui êtes travailleuses sociales.
À vous qui êtes juristes.
À vous qui êtes psychologues.
À vous qui êtes militantes.
À vous qui représentez les institutions.
Nous savons que beaucoup d’entre vous accomplissent un travail immense.
Nous savons que certaines personnes se battent chaque jour pour défendre les plus vulnérables.
Nous savons que certaines d’entre vous prennent des risques, travaillent avec peu de moyens et refusent de détourner le regard.
Et nous voulons commencer par reconnaître cet engagement.
Mais nous voulons aussi vous dire quelque chose de difficile.
Très souvent…
nous ne sommes pas pensées.
Nous ne sommes pas prévues.
Nous ne rentrons dans aucune case.
Et lorsqu’une personne n’entre dans aucune case…
elle finit par disparaître.
Pas parce qu’elle n’existe plus.
Mais parce que plus personne ne sait comment la voir.
On parle souvent des « femmes victimes de violences ».
On parle des « femmes précarisées ».
On parle des « migrantes ».
On parle des « personnes sans-abri ».
Mais nous…
nous sommes à l’intersection de toutes ces réalités.
Et c’est précisément là que les dispositifs cessent souvent de fonctionner.
Nous voudrions aujourd’hui vous raconter comment une femme devient invisible.
Parce qu’on ne naît pas sans papiers.
On le devient.
Cette phrase paraît simple.
Pour nous, elle résume des années de vie.
Personne ne vient au monde en étant considéré comme illégal.
Personne ne naît avec la peur permanente d’un contrôle de police.
Personne ne naît condamné à vivre caché.
On le devient.
Et ce devenir n’est presque jamais le fruit d’un choix.
Il est le résultat d’une succession de ruptures.
Un conjoint qui garde les documents administratifs.
Une séparation.
Des violences conjugales.
Une fuite précipitée.
Une procédure administrative qui échoue.
Une adresse qu’on n’a plus.
Un rendez-vous qu’on ne peut pas honorer parce qu’on est hospitalisée ou cachée.
Petit à petit, tout bascule.
Au début, on croit encore qu’on va pouvoir expliquer.
Qu’il suffira de raconter son histoire.
Qu’il suffira de prouver sa bonne foi.
Puis on découvre que le système administratif ne regarde plus la personne.
Il regarde un dossier.
Une date.
Un document.
Une absence de document.
À partir de ce moment-là, notre statut administratif devient plus important que notre sécurité.
Plus important que les coups reçus.
Plus important que notre santé.
Plus important que notre vie.
Nous cessons progressivement d’être vues comme des femmes.
Nous devenons un problème administratif.
Et ce changement de regard transforme tout.
Du jour au lendemain, des portes qui étaient déjà difficiles à ouvrir deviennent totalement fermées.
Trouver un logement devient presque impossible.
Trouver un travail devient dangereux.
Se soigner devient compliqué.
Ouvrir un compte bancaire devient inaccessible.
Signer un bail devient impossible.
Même accompagner un enfant dans certaines démarches devient une source d’angoisse.
Chaque geste du quotidien devient une prise de risque.
Et pourtant…
nous continuons à vivre.
Parce qu’il le faut.
Parce que nos enfants comptent sur nous.
Parce que nous refusons de disparaître.
Alors nous travaillons.
Beaucoup.
Bien davantage que ce que beaucoup imaginent.
Contrairement aux idées reçues, les femmes sans papiers ne vivent pas de l’assistance.
La plupart d’entre nous travaillent.
Nous faisons les ménages que d’autres ne veulent pas faire.
Nous nettoyons des maisons avant le lever du soleil.
Nous gardons les personnes âgées.
Nous préparons des repas.
Nous faisons des lessives.
Nous gardons des enfants.
Nous travaillons dans les cuisines.
Dans les hôtels.
Dans les restaurants.
Dans l’agriculture.
Certaines, faute d’alternative, sont contraintes à la prostitution.
Nous participons à l’économie.
Nous faisons fonctionner des familles.
Nous prenons soin des plus fragiles.
Nous contribuons à la richesse de ce pays.
Mais notre travail reste invisible.
Invisible parce qu’il n’existe sur aucun contrat.
Invisible parce qu’il n’apparaît dans aucune statistique.
Invisible parce que notre existence elle-même reste cachée.
Cette invisibilité profite à beaucoup de monde.
Parce qu’une personne sans papiers est une travailleuse que l’on peut sous-payer.
Une travailleuse que l’on peut remplacer.
Une travailleuse qui n’osera pas réclamer son salaire.
Une travailleuse qui n’ira pas devant le tribunal du travail.
Une travailleuse qui ne portera pas plainte.
Une travailleuse dont on sait qu’elle a plus peur de l’administration que de l’injustice.
Et c’est ainsi que l’exploitation devient un modèle économique silencieux.
Pendant que certains débattent de migration dans les médias, des milliers de femmes nettoient des maisons, prennent soin de personnes dépendantes et permettent à notre société de fonctionner…
sans jamais être reconnues.

Mesdames, Messieurs,
Lorsqu’une femme est victime de violences conjugales, notre société lui adresse souvent un message qui paraît simple.
On lui dit :
« Partez. »
« Portez plainte. »
« Mettez-vous à l’abri. »
Ces conseils sont justes.
Ils sauvent des vies.
Mais ils supposent une chose essentielle :
qu’une porte existe quelque part.
Pour beaucoup de femmes sans papiers, cette porte n’existe pas.
Quitter un conjoint violent, ce n’est pas seulement quitter un homme.
C’est parfois perdre son droit au séjour.
Perdre son logement.
Perdre ses revenus.
Perdre les quelques repères qui permettaient encore de tenir debout.
Et surtout…
c’est entrer dans un monde où chaque démarche peut se retourner contre vous.
Imaginez un instant ce que cela signifie.
Vous venez de fuir un homme qui vous frappe.
Vous avez peut-être traversé la nuit avec vos enfants.
Vous n’avez emporté qu’un sac.
Vous êtes terrorisée.
Vous poussez enfin la porte d’un commissariat.
Vous espérez être accueillie comme une victime.
Mais, au fond de vous, une autre peur vous envahit.
Et si l’on me demandait mes papiers ?
Et si l’on appelait l’Office des étrangers ?
Et si, au lieu de me protéger, on décidait de m’expulser ?
Et si mes enfants étaient séparés de moi ?
Pour beaucoup de femmes présentes dans cette salle, cette peur peut sembler inimaginable.
Pour nous, elle est quotidienne.
Elle est si forte qu’elle nous réduit souvent au silence.
Alors nous ne portons pas plainte.
Non pas parce que les violences sont moins graves.
Mais parce que les conséquences de la plainte peuvent nous sembler encore plus dangereuses.
Le silence devient alors une stratégie de survie.
Et ce silence est souvent mal compris.
On pense parfois :
« Si elle ne parle pas, c’est que ce n’est pas si grave. »
Non.
Si nous ne parlons pas, c’est souvent parce que nous avons appris que parler pouvait nous faire tout perdre.
Notre silence n’est pas un consentement.
C’est le résultat de la peur.
Pendant ce temps-là, les auteurs de violences le savent.
Ils savent que nous dépendons d’eux.
Ils savent que beaucoup d’entre nous n’ont aucun autre endroit où aller.
Ils savent que nous avons peur des autorités.
Ils savent que nous hésiterons avant d’appeler la police.
Cette dépendance devient une arme.
Les violences physiques s’accompagnent alors de violences administratives.
« Si tu pars, je retire les papiers. »
« Personne ne te croira. »
« Tu seras expulsée. »
« Tu ne reverras plus tes enfants. »
Ces phrases, beaucoup d’entre nous les ont entendues.
Et le plus terrible…
c’est qu’elles ne sont pas toujours des mensonges.
Parce que notre statut administratif est devenu un instrument de domination.
Une femme qui dépend juridiquement de son conjoint est une femme dont la liberté est déjà fragilisée.
Lorsque cette dépendance rencontre les violences conjugales, elle devient un piège.
Un piège dont il est extrêmement difficile de sortir seule.
Et lorsque nous réussissons enfin à fuir…
commence une autre épreuve.
Où dormir ?
Chez qui aller ?
Comment protéger ses enfants ?
Comment continuer à vivre lorsque l’on n’a plus d’adresse ?
Pour beaucoup d’entre nous, la réponse est la même.
Les squats.
Les occupations.
Des bâtiments abandonnés.
Des immeubles oubliés.
Des lieux qui n’ont jamais été construits pour accueillir des familles.
Et pourtant…
nous y recréons de la vie.
Nous partageons les chambres.
Nous organisons les repas.
Nous faisons des tours de garde.
Nous essayons d’assurer la sécurité des enfants.
Nous partageons le peu que nous possédons.
Nous inventons des règles.
Nous reconstruisons une forme de communauté.
Car lorsqu’il ne reste plus rien…
la solidarité devient notre première richesse.
Mais il ne faut pas idéaliser ces lieux.
Les squats ne sont pas des refuges.
Ils sont une réponse à l’absence de refuge.
Ils sont le dernier espace disponible lorsque toutes les autres portes se sont refermées.
La promiscuité y est difficile.
L’insécurité est permanente.
Les femmes y restent exposées aux violences.
Certaines y revivent les mêmes rapports de domination qu’elles ont tenté de fuir.
Il faut alors apprendre, chaque jour, à créer des espaces plus sûrs.
À se protéger entre femmes.
À veiller les unes sur les autres.
À accompagner celles qui arrivent complètement détruites.
Nous vivons également chez des particuliers.
Des personnes généreuses qui ouvrent leur porte.
Et nous leur en sommes profondément reconnaissantes.
Sans elles, beaucoup d’entre nous dormiraient dehors.
Mais ces formes d’hébergement restent précaires.
Parce qu’il faut constamment se faire discrète.
Parce qu’on a peur des contrôles.
Parce qu’on ne sait jamais combien de temps on pourra rester.
Parce qu’on craint de déranger.
Parce qu’on finit parfois par accepter des tâches, des contraintes ou des humiliations simplement pour conserver un toit.
Lorsqu’on dépend entièrement de la bonne volonté d’autrui, il devient très difficile de dire non.
Très difficile de dénoncer un abus.
Très difficile de poser des limites.
Car la moindre contestation peut signifier :
« Vous devez partir. »
Et partir…
vers où ?
C’est ainsi que beaucoup de femmes vivent dans une vigilance permanente.
Toujours attentives.
Toujours discrètes.
Toujours reconnaissantes.
Toujours inquiètes.
Nous apprenons à ne pas faire de bruit.
À ne pas attirer l’attention.
À disparaître.
Et peu à peu…
nous devenons invisibles.
Cette invisibilité ne nous protège pas.
Elle nous efface.
Elle fait disparaître nos besoins.
Nos droits.
Notre parole.
Notre existence.
Et lorsque personne ne vous voit…
personne ne pense à vous.
C’est peut-être cela que nous souhaitons vous dire aujourd’hui avec le plus de force.
L’invisibilité n’est pas un accident.
Elle est le résultat d’un système.
D’un système où les catégories administratives finissent parfois par remplacer les êtres humains.

Mesdames, Messieurs,
Si nous avons pris la parole aujourd’hui, ce n’est pas pour vous demander l’impossible.
Nous savons que beaucoup d’entre vous travaillent dans des conditions difficiles.
Nous connaissons les réalités du terrain.
Nous savons ce que représentent les restrictions budgétaires, les appels à projets, les équipes débordées, les procédures toujours plus nombreuses, les critères toujours plus stricts.
Nous savons que vous ne décidez pas des lois.
Nous savons que vous ne pouvez pas, seuls, transformer un système.
Nous ne sommes pas venues chercher des coupables.
Nous sommes venues chercher des alliés.
Car, depuis nos lieux de vie, depuis les squats, depuis les chambres prêtées, depuis ces espaces où nous survivons dans l’ombre, nous observons une chose.
Nous constatons que, trop souvent, nous ne faisons partie d’aucune catégorie.
On nous répond :
“Ce n’est pas notre public.”
“Nous ne pouvons rien faire sans un statut.”
“Elle n’a pas droit à cette aide.”
“Adressez-vous ailleurs.”
Mais où est cet ailleurs ?
Où va une femme qui n’a pas de papiers ?
Qui accueille une femme qui a fui les violences, mais qui ne peut pas produire les documents que le système exige ?
À quel guichet peut-elle raconter son histoire sans avoir peur que cette histoire se retourne contre elle ?
Très souvent…
cet endroit n’existe pas.
Et lorsque plusieurs institutions se renvoient une personne, ce n’est pas seulement un dossier qui circule.
C’est une femme qui s’épuise.
Une mère qui perd confiance.
Des enfants qui grandissent dans l’angoisse.
Alors, aujourd’hui, nous vous demandons une chose très simple.
Ne commencez plus par regarder notre statut administratif.
Commencez par regarder notre sécurité.
Lorsqu’une femme vous parle de violences conjugales, posez-vous une question supplémentaire.
Quel est son statut de séjour ?
Non pas pour vérifier si elle est « en règle ».
Mais pour comprendre les risques qu’elle prend.
Son conjoint détient-il ses papiers ?
Dépend-elle juridiquement de lui ?
Que risque-t-elle si elle quitte le domicile ?
Que risque-t-elle si elle change d’adresse ?
Que risque-t-elle si elle porte plainte ?
Ces questions peuvent sauver une vie.
Car un conseil qui paraît évident pour une femme belge ou européenne peut devenir catastrophique pour une femme sans papiers.
Nous ne vous demandons pas de devenir spécialistes du droit des étrangers.
Nous vous demandons simplement d’accepter que vous ne pouvez pas répondre seules à ces situations.
Et c’est une force de dire :
“Je ne sais pas, mais je vais chercher la bonne personne.”
Travaillez avec des associations spécialisées.
Avec des juristes.
Avec des avocates et des avocats engagés.
Construisez des ponts.
Car les violences que nous vivons ne rentrent pas dans une seule discipline.
Elles sont à la fois sociales.
Juridiques.
Psychologiques.
Administratives.
Économiques.
Et profondément humaines.
Nous vous demandons également de croire à la valeur des traces.
Une attestation.
Un certificat médical.
Une note sociale.
Un témoignage.
Un rapport circonstancié.
Pour vous, ce ne sont peut-être que quelques pages.
Pour nous, ces quelques pages peuvent représenter des années d’espoir.
Elles peuvent devenir la preuve qu’un jour, quelqu’un nous a vues.
Qu’un jour, quelqu’un a cru notre parole.
Qu’un jour, quelqu’un a écrit noir sur blanc que les violences existaient.
Ces écrits pourront peut-être soutenir une demande de séjour.
Empêcher une expulsion.
Ou simplement rendre justice à notre histoire.
Nous vous demandons aussi de protéger notre parole.
Dites-nous clairement ce que deviennent les informations que nous vous confions.
Expliquez-nous ce qui est confidentiel.
Expliquez-nous ce qui ne l’est pas.
Parce que la confiance est impossible lorsque la peur est permanente.
Et puis…
nous aimerions vous faire une proposition.
Venez vers nous.
N’attendez pas toujours que nous franchissions vos portes.
Car beaucoup d’entre nous n’oseront jamais les pousser.
Venez dans les lieux où nous vivons.
Dans les occupations.
Dans les squats.
Dans les hébergements citoyens.
Pas pour nous contrôler.
Pas pour nous recenser.
Pas pour nous photographier.
Pas pour écrire un rapport destiné à une administration.
Mais pour nous rencontrer.
Pour écouter.
Pour expliquer nos droits.
Pour répondre à nos questions.
Pour organiser une permanence discrète.
Pour distribuer du lait aux bébés.
Des protections hygiéniques.
Des couvertures.
Des informations.
Parfois, un simple geste peut empêcher une catastrophe.
Parfois, une simple présence redonne confiance.
Parfois, une seule rencontre change le cours d’une vie.
Enfin…
nous voulons vous parler d’une chose que vous possédez et que nous n’avons pas.
Votre légitimité.
Vous êtes invitées dans des espaces où nous ne sommes jamais conviées.
Vous participez aux commissions.
Aux concertations.
Aux groupes de travail.
Vous rencontrez des responsables politiques.
Vous avez accès aux médias.
Votre parole est écoutée.
La nôtre ne l’est presque jamais.
Alors, lorsque vous prenez la parole…
parlez aussi de nous.
Dites qu’il existe, dans ce pays, des femmes sans papiers victimes de violences conjugales.
Dites qu’elles vivent dans des caves.
Dans des bâtiments abandonnés.
Dans des chambres prêtées.
Dites qu’elles travaillent.
Qu’elles élèvent leurs enfants.
Qu’elles prennent soin de nos aînés.
Qu’elles nettoient nos maisons.
Qu’elles participent à la richesse collective.
Et dites surtout que leur invisibilité n’est pas une fatalité.
Elle est le résultat de choix politiques.
Et ce qui résulte de choix politiques peut être transformé par d’autres choix politiques.
Nous ne vous demandons pas de porter seules notre combat.
Nous savons que cette responsabilité appartient aussi aux gouvernements.
Aux administrations.
À la justice.
À la société tout entière.
Mais chacun possède une part de pouvoir.
Et parfois…
ce sont les plus petites marges de manœuvre qui sauvent des vies.
Une porte laissée ouverte.
Un rendez-vous maintenu.
Un appel téléphonique.
Une attestation rédigée.
Une orientation vers la bonne personne.
Une écoute sans jugement.
Une information donnée au bon moment.
Voilà ce que nous appelons de la protection.
Avant de terminer, permettez-moi de revenir à une phrase.
Nous avons commencé en vous disant que nous n’existions dans aucun registre.
Aujourd’hui, après nous avoir entendues, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.
Vous connaissez désormais nos visages.
Nos peurs.
Nos combats.
Nos enfants.
Nos espoirs.
Vous savez que nous sommes là.
Nous ne sommes pas des chiffres.
Nous ne sommes pas des dossiers.
Nous ne sommes pas des problèmes administratifs.
Nous sommes des femmes.
Des mères.
Des travailleuses.
Des voisines.
Des habitantes de cette société.
Nous demandons simplement ce que toute personne humaine devrait pouvoir attendre d’une démocratie.
Être protégée lorsqu’elle subit des violences.
Être soignée lorsqu’elle est malade.
Être écoutée lorsqu’elle parle.
Être reconnue lorsqu’elle existe.
Car une société ne se mesure pas à la manière dont elle traite les plus puissants.
Elle se mesure à la manière dont elle protège celles et ceux qui n’ont plus rien.
Aujourd’hui, nous sommes venues vous tendre la main.
Nous espérons que vous la saisirez.
Parce que nous sommes là.
Parce que nous continuerons à être là.
Et parce qu’à partir d’aujourd’hui…
vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.
Je vous remercie.