WE SAFE est un projet d’échanges de bonnes pratiques autour de la réinsertion socio-professionnelle et de l’hébergement des femmes détenues et des victimes de violences conjugales. Le projet est porté par Lazzarelle (I), Solidarité Femmes 13 (F) et Solidarité Femmes (B) et bénéficie d’un financement Erasmus+.
WE SAFE est un projet européen visant à promouvoir l’autonomisation de femmes en situation de grande vulnérabilité socio-économique. Ce projet a pour objectif de renforcer les outils et les compétences nécessaires à la construction de parcours efficaces pour sortir de la violence conjugale et pour se réinsérer dans la société, en s’appuyant sur deux leviers essentiels : l’accès à un logement sûr et le soutien à l’indépendance économique par l’emploi et l’inclusion sociale.
Le projet comprend trois résidences de travail dans chacun des trois pays impliqués. Du 9 au 13 février 2026, une première résidence s’est tenue en France, à Marseille – chez nos partenaires de Solidarité Femmes 13 – et à Grenoble. Du 18 au 20 mai, une deuxième résidence a été organisée à Naples, chez nos partenaires italiennes de Lazzarelle. Nous en livrerons le compte-rendu ci-dessous. La délégation belge est composée de Josiane Coruzzi, directrice générale de Solidarité Femmes, Veronica Saldi, responsable de l’équipe éducative du refuge, formatrice (Pôle de ressources et autodéfense) et chargée de projets, et Amandine Mélan, chargée de communication et de projets pour l’association.

Lundi 18 mai
Nous sommes arrivées à Naples la veille. Notre logement se trouve à la limite des quartiers espagnols et du Vieux Naples, à quelques pas de la via Toledo, qui sera notre point de repère pour nous déplacer au cours de notre séjour. Nous avons rendez-vous avec Anna Maria Giordano et Ilaria Muzzica de Lazzarelle et avec nos partenaires françaises de Solidarité Femmes 13 à 9h ce lundi matin au Bistrot Lazzarelle, dans la Galleria Principe di Napoli. Ouvert en 2020, le Bistrot emploie des femmes en fin de peine ou qui sortent de prison, leur permettant ainsi de faciliter leur réinsertion tant sociale que professionnelle. Le Bistrot, comme nous le constaterons au cours de notre séjour, est fréquenté par de nombreuses personnes, des locaux comme des touristes. Elles viennent y déguster le café torréfié par d’autres femmes aux parcours similaires (une usine de torréfaction se trouvait à la base dans la prison féminine de Pozzuoli, qui a temporairement fermé ses portes ; les Lazzarelle collaborent actuellement avec un partenaire extérieur pour la production de leur café). Au Bistrot Lazzarelle, on peut aussi goûter à une cuisine healthy, privilégiant les circuits courts et les plats à base de légumineuses.




La première journée s’articule entre la présentation du projet Lazzarelle dans son ensemble et un workshop de simulation d’entretien avec bilan de compétences à destination des femmes multivulnérabilisées.
Nous apprenons ainsi que le Bistrot a une « petite sœur » au siège de l’Institut français de Naples et du Consulat de France : la « Buvette Grenoble ». Toujours dans le secteur Horeca, Lazzarelle propose un service traiteur s’adressant tant aux entreprises qu’aux privés. Nous nous arrêtons longuement sur le projet cleaning qui emploie une dizaine de femmes chargées d’assurer l’entretien de différents appartements mis en location pour les touristes à Naples. La cité parthénopéenne est devenue un haut lieu du tourisme italien au cours des dernières années et les structures de type Air Bnb se sont multipliées. Il s’agit d’un secteur en expansion qui a d’ailleurs permis rapidement à l’équipe cleaning de s’agrandir. Anna Maria nous explique que ce projet a l’intérêt de permettre aux femmes de parcourir une ville qui est la leur et qu’elles ne connaissent pourtant pas, cantonnées pendant des années à un quartier et à des horizons cloisonnés. C’est aussi un acte de confiance des pouvoirs publics envers elles de leur permettre cette mobilité : les contrôles de police sont en effet beaucoup plus compliqués quand on n’a pas un lieu de travail fixe… Enfin, Anna Maria nous informe de l’ouverture récente de Lazzarelle aux femmes éloignées du marché de l’emploi qui n’ont pas connu l’expérience carcérale. Lazzarelle porte un projet féministe inclusif d’empowerment par le travail.
Nous enchainons avec un exercice pratique, en duo et en mélangeant les équipes belge et française, pour simuler un premier entretien en vue d’un projet d’insertion professionnelle avec bilan de compétences. Anna Maria souligne qu’avec un public de femmes multivulnérabilisées qui ont longtemps été éloignées du marché de l’emploi, il est intéressant d’interroger les compétences pratiques développées dans le cadre domestique, voire à travers l’expérience criminelle : certaines femmes n’ont jamais travaillé mais savent cuisiner des grandes quantités, ont d’excellentes capacités d’observation et de gestion, font montre d’une grande précision dans l’exécution de certaines tâches, etc. Aussi, les expériences de travail en noir peuvent être valorisées : la travailleuse au noir est victime d’un système qui l’exploite, elle n’en est pas responsable. Beaucoup de femmes ont par exemple des années d’expérience en tant que « femmes de ménage » qu’il serait dommage de passer sous silence au moment de postuler pour une entreprise de nettoyage.




Mardi 19 mai
La deuxième journée est consacrée à une visite : celle de la Buvette di Eva, active depuis 2022 dans le foyer du théâtre Mercadante. Le concept est similaire à celui du Bistrot Lazzarelle et de la Buvette Grenoble vu que le petit bar aide des femmes éloignées du marché de l’emploi à mettre ou remettre le pied à l’étrier dans un projet d’insertion socioprofessionnelle encadré. Les employées de la Buvette d’Eva ont un vécu de violences conjugales qui les a contraintes à l’isolement et à la dépendance, les privant de leurs ressources propres. L’intervenante de la coopérative EVA présente pour nous rencontrer nous explique que la coopérative gère plusieurs maisons d’hébergement sur le territoire de la Campanie ainsi que des services comparables à notre service ambulatoire louviérois, en mesure d’offrir aux femmes une écoute, un accompagnement thérapeutique, une consultation juridique. EVA est aussi engagée dans des projets d’insertion socio-professionnelle. La Buvette en est un, l’atelier de couture en est un autre. Un service de catering a aussi été mis en place dans un espace confisqué à la criminalité organisée. Prochainement, un autre petit point de restauration sera ouvert dans le complexe de la très prestigieuse Reggia di Caserta.




Mercredi 20 mai
Pour la dernière journée de notre résidence napolitaine, nous nous retrouvons au Bistrot Lazzarelle, désormais notre point de chute (nous y avons gouté pratiquement tous les types de café et de thé et une bonne partie des petits plats sucrés et salés proposés à la carte), avec pour objectif de réfléchir à la possibilité, au sein de nos structures respectives, de développer notre propre projet d’entrepreneuriat social. Et c’est là que la magie We Safe opère : en fin de journée, nous tenons un projet, nous aussi. Nous identifions des groupes-cibles, des partenaires, des besoins et l’idée nous apparait de plus en plus réaliste. Va-t-on un jour développer, nous aussi, chez Solidarité Femmes, un projet d’insertion socio-professionnelle et d’entrepreneuriat social ? Affaire à suivre…


Nous terminons la résidence en nous donnant rendez-vous en septembre. La troisième et dernière résidence aura lieu chez nous, en Belgique.
La suite au prochain épisode !

