Rita

Rita Gasperat, éducatrice et art-thérapeute

Rita travaille au sein de Solidarité Femmes depuis 2014. Elle est éducatrice. Discrète et pourtant lumineuse, elle émane une aura de bienveillance.

Au début de son parcours au sein de l’association, on lui confie la mission d’accompagner les enfants hébergés. Face aux problématiques rencontrées, elle sent le besoin de s’outiller. Elle cherche une alternative au langage verbal pour aider les plus jeunes à exprimer leur ressenti. Les mots souvent ne suffisent pas, et la frustration est latente quand on n’arrive pas à communiquer ses émotions.

Elle se tourne donc assez vite vers l’art thérapie et la thérapie créative et se forme à ces pratiques.

Avec le temps, ses missions au sein de Solidarité Femmes évoluent et elle est de plus en plus souvent envoyée en renfort au service ambulatoire. On lui confie le suivi thérapeutique individuel des enfants du refuge mais également de certains enfants dont les mères fréquentent l’ambulatoire.

Je lui demande quel âge ont les enfants qui bénéficient d’un suivi thérapeutique, que ce soit au refuge ou en ambulatoire. Elle me répond qu’il n’y a pas vraiment d’âge défini… Elle me dit que chez les enfants de moins de quatre ans, on constate rapidement les bénéfices du simple éloignement du foyer et des violences. Beaucoup de symptômes préoccupants détectés chez les tout jeunes enfants quand ils intègrent la maison d’accueil disparaissent d’eux-mêmes par le simple fait de s’être mis en sécurité avec leur maman.  C’est plus compliqué pour les plus grands. Le suivi thérapeutique pour elles et eux est indispensable. Quant à la limite d’âge, on est dans du cas-par-cas, selon le degré de maturité du jeune et sa réceptivité à une approche plus enfantine. Certain.es ados seront ainsi redirigé.es vers Emilie, Graziella ou Marie, qui assurent le suivi thérapeutique des adultes.

De l’art-thérapie pour les enfants… mais aussi pour les femmes adultes

Et à propos d’adultes, en devenant l’art-thérapeute de Solidarité Femmes, c’est tout naturellement que Rita a voulu ouvrir un atelier mensuel à destination des femmes, en plus de son atelier pour enfants. L’expérience l’a séduite. Elle me dit que la prise de conscience est encore plus flagrante et marquante chez les femmes qui participent à l’atelier que chez les enfants. Les changements qui s’opèrent chez certaines participantes sont presque tangibles. Je n’en doute pas une minute : j’ai participé à la première séance de son atelier pour adultes et j’ai vu les émotions affleurer, déborder parfois, comme dans un vase trop rempli. Les exercices d’art thérapie sont très efficaces pour se (re)connecter à soi, apprivoiser les émotions négatives, faire sortir ce qu’on a en travers de la gorge, réussir, enfin, à identifier ce qui nous fait du bien. Se sentir mieux.

Rita me parle de cette femme qui, lors de la dernière séance d’un cycle annuel d’art thérapie, a eu le courage de retirer son alliance. Bien que séparée, quelque chose en elle l’empêchait d’accomplir ce geste symbolique. Mais avec le groupe, au terme d’un travail sur soi réalisé au sein de l’atelier, elle s’est sentie prête à le faire. Et elle l’a fait.

Elle me parle aussi de toutes ces femmes qui arrivent à la première séance convaincues d’être incapables de créer quoi que ce soit et qui se découvrent un talent insoupçonné jusque-là. Pour des femmes dont l’estime de soi est au sol, qui ont trop souvent été traitées de bonnes à rien, ce genre de découverte est inestimable. Avoir un talent, en être consciente, arriver à se complimenter et être fière de soi : une victoire.

Des soins énergétiques pour les femmes hébergées

Toujours pour les femmes, mais uniquement celles qui sont hébergées au sein de la maison d’accueil, Rita s’est récemment formée aux soins énergétiques. Cette nouvelle approche lui permet encore une fois de contourner les difficultés du logos : elle accompagne les femmes d’une manière toute particulière, sans un mot, mais par un toucher non intrusif, qui a pour objectif de combattre l’anxiété et de favoriser le lâcher prise chez celle qui le reçoit. Beaucoup lui disent, après la séance : « ça fait du bien qu’on prenne soin de moi. » Encore une fois, une manière de se réconcilier avec soi. Un moment de répit aussi dans une vie dominée par le chaos, après la violence.

Désireuse d’approfondir ce domaine, Rita suit actuellement une formation à l’EFT : Emotional Freedom Technique, une thérapie énergétique visant à travailler sur le trauma et la problématique source.

La polyvalence, une constante chez Solidarité Femmes

Comme d’autres travailleuses, elle assure également un renfort à la ligne dans le cadre du pôle de ressources en violences conjugales et intrafamiliales et plus spécifiquement de la gestion du numéro vert 0800 30 030.

Il lui arrive aussi à l’occasion d’intervenir dans des écoles secondaires dans le cadre d’animations sur le couple. Elle me raconte son effarement lors d’une de ses dernières interventions dans une classe de jeunes filles dont la majorité se plie sans réserve aux injonctions des garçons concernant leur tenue vestimentaire : accepter de ne plus mettre telle tenue ou se forcer à s’habiller d’une telle manière pour rassurer l’autre, pour ne pas qu’il soit jaloux. Rita me dit que par expérience, elle a constaté que dans chaque classe, on dénombre toujours au moins deux ou trois filles qui sont victimes ou témoins de violences conjugales.

Des constats sévères mais de grandes et petites victoires, au quotidien

Les constats qu’elle pose peuvent sembler pessimistes. Son travail n’est pas simple. Et avec les enfants il est encore plus compliqué, car les enfants, généralement, voient encore leur père. L’auteur des violences. Qui bien souvent continue à les perpétrer sur leur mère après la séparation (pour en savoir plus sur les violences post-séparation). Alors Rita s’emploie à outiller les enfants, à leur donner des ressources, pour grandir avec ce poids de la violence dont ils ont été et parfois sont encore témoins mais surtout victimes collatérales. Cette violence qui les a marqués, qui est encore palpable dans leurs comportements, dans leurs interactions sociales. Le travail de Rita peut s’apparenter au mythe de Sisyphe : un éternel recommencement. Mais les petites graines semées portent leurs fruits, malgré tout.

Ainsi, ces deux petits garçons que j’ai croisés au service ambulatoire pas plus tard qu’aujourd’hui : manipulés par leur père, s’identifiant inconsciemment à la figure dominante du foyer, la relation à leur mère était catastrophique, extrêmement conflictuelle. Le suivi individuel a aidé à restaurer le lien maternel, à retrouver la position d’enfants qui est la leur au sein du nouveau schéma familial, à ne plus être constamment dans le conflit.

Oh Capitaine, mon Capitaine !

Sur une année, Rita assure le suivi thérapeutique d’une trentaine d’enfants, au sein de la maison d’accueil et en ambulatoire. Les uns et les autres ne forment qu’un groupe lors des rendez-vous mensuels d’art thérapie pour enfants. Un groupe joyeux, bruyant, plein de vie. Je les ai rencontrés. La jolie Sara* et son regard si tendre et interrogateur. La fantasque Léa* qui expliquera aux autres enfants comment évacuer les petites et grosses angoisses en soufflant dans un ballon de baudruche. Le turbulent mais si attachant Tom*. Le mignon petit Hicham* qui me dit qu’il n’aime pas aller en classe, qu’il aimait bien ça avant, « mais papa frappait toujours maman et ma sœur et moi on a dû changer d’école ». Le sage Florian* sur le visage duquel se dessinent déjà les traits de l’adolescence. Florian qui dessine des fonds marins.

Et à la surface, au gouvernail de cet étrange navire avec ses petits moussaillons, la capitaine : Rita.

Ensemble ils voguent vers un horizon d’espoir, en sachant qu’ils rencontreront encore des tempêtes, mais le pire est derrière eux.

« Je t’aime, Rita ! », lui criera Léa en s’en allant.


Il est encore temps de vous inscrire aux ateliers mensuels d’art thérapie !

  • Prénoms d’emprunt