Veronica

Veronica Saldi, éducatrice et formatrice

Veronica Saldi travaille depuis vingt ans pour Solidarité Femmes. Elle a été engagée comme éducatrice en mai 2001. Pendant quatre ans, elle a assuré une présence durant les après-midis et les nuits au refuge. Elle coordonne désormais l’équipe éducative et s’est spécialisée, avec le temps, dans le suivi des enfants.

Très vite, Veronica se voit confier les interventions et les animations de prévention dans les écoles secondaires. Elle rencontrera ainsi plus de mille adolescents et adolescentes par an pendant dix ans .

De la sensibilisation dans les écoles aux projets internationaux

Son outil de base pour sensibiliser les jeunes au sexisme et aux violences conjugales vient du Canada. Solidarité Femmes le remanie, lui donnant la forme d’un jeu de rôles. Vero et son complice de l’époque Olivier franchissent les portes de nombreux établissements scolaires. Ils se rendent dans des écoles professionnelles réputées « difficiles », brassant des populations scolaires parmi les plus précarisées, mais aussi dans des écoles dites « huppées », dont le public scolaire est composé majoritairement de jeunes provenant de milieux privilégiés. Malgré les différences – sociales, culturelles, économiques… – le discours dominant est toujours le même : pour les garçons, c’est « ou je domine, ou je suis un perdant », pour les filles c’est « en couple, je dois écouter l’autre ». Oli et Vero s’emploient dès lors à briser les stéréotypes de genre et leur duo est pour cela particulièrement efficace : autant Olivier est délicat et présente d’emblée des caractéristiques soi-disant « féminines », autant Veronica – de par sa posture, son timbre de voix – dégage une autorité que la société tendrait vite à qualifier de « masculine ». Au nez et à la barbe de ce bon vieux Sigmund Freud !

Suite à cette expérience dans les écoles, Vero participe avec Solidarité Femmes à un premier projet international au Canada sur les rapports de force. Là-bas, elle a l’occasion de se confronter à d’autres professionnel.les de l’intervention sociale ayant mené des expériences en milieu scolaire. Le projet, qui s’étendra sur sept années, aboutira à la conception d’un programme à destination du secondaire.

Avec le temps, le volet prévention chez les jeunes s’amenuise au sein de Solidarité Femmes. Les énergies – et notamment celles de Vero – sont redistribuées sur d’autres projets, d’autres objectifs… Même si de temps en temps, encore, l’association est contactée pour intervenir dans des établissements scolaires. Vero m’évoque d’ailleurs une récente intervention dans une école supérieure, à destination d’un public presque exclusivement féminin. Le constat est alarmant : la domination masculine est implicitement acceptée par beaucoup d’étudiantes et remise en question par très peu d’entre elles. Combien de ces jeunes femmes, un jour ou l’autre, composeront le numéro de la ligne d’appel ou s’adresseront directement à des services spécialisés comme ceux de Solidarité Femmes ?

Former des professionnel.les à la spécificité des violences conjugales

« Moi j’aime bien les nouveaux défis ! », me dit Veronica avec un enthousiasme qui saute aux yeux.

La constitution du Pôle de ressources en violences conjugales et intrafamiliales en 2007 lui en procure un : Vero devient formatrice et passe des publics scolaires aux publics adultes professionnels. En duo avec un.e intervenant.e de Praxis, elle donne des formations en violences conjugales à des travailleuses et travailleurs de maisons d’accueil, de SAJ, des cellules d’aide aux victimes de la police, etc.

En guise de grille de lecture, elle se réfère au PDC, le Processus de Domination Conjugale, un outil d’évaluation de la sécurité des victimes bien spécifique aux contextes de violences conjugales, mis au point au Québec par Denise Tremblay, directrice d’une maison d’accueil pour femmes victimes de violence conjugale et Robert Ayotte, directeur d’un service d’aide aux auteurs de violence conjugale.

Et puis il y a la Ligne d’écoute (0800 30 030), à raison d’un jour par semaine.

Il y a également les animations suivant les représentations des spectacles des Chanceuses.

Missis Vero et l’autodéfense féministe

Enfin, il y a 15 ans, Vero découvre l’auto-défense féministe. Elle devient une des premières professionnelles formées par l’association Garance pour à son tour pouvoir dispenser un savoir et un savoir-faire liés à l’autodéfense féministe. Elle donne fréquemment des ateliers, tant aux femmes hébergées au sein de la maison d’accueil, qu’à des publics extérieurs. Toutes les femmes adultes peuvent s’inscrire à ces derniers, quels que soient leur âge, leur histoire personnelle. Les techniques apprises peuvent être utiles pour se défendre d’un agresseur en rue, d’un frotteur dans le métro, d’un collègue harcelant… d’un conjoint violent. Ces ateliers se déclinent en deux journées de six heures chacune et abordent tant l’autodéfense physique que verbale.

J’ai vu Vero en formation. Elle m’a fait l’effet d’un coach sportif. Pas le Monsieur Mégot du P’tit Spirou, non, un Mister, comme on dit en Italie dans le milieu du foot, cette personne qui tient la barre, qui donne une direction et qui insuffle une énergie au groupe. Missis Vero donc, dont le bagage professionnel en impose – 20 ans de carrière, 20 ans de terrain et de gestion de projets, ce n’est pas rien ! -, dont la présence en impose aussi, mais qui a également un sens de l’humour salvateur quand on passe la journée à parler de violences. Vero met à l’aise. Elle fait rire. Elle rassure aussi : l’encadrement est garanti, elle ne nous laisse pas seul.es.

Je comprends qu’elle était la personne idéale pour affronter des classes d’ados, pour les amener à la confrontation : avec leurs pairs, avec elleux-mêmes, avec leurs idées préconçues et avec leurs droits et leurs devoirs d’adultes en devenir.

C’est quoi, pour toi, Vero, être féministe ?

A quelques jours du 8 mars, j’ai voulu lui demander, à elle qui fait partie de l’équipe de Solidarité Femmes depuis deux décennies, ce que ça signifie, pour elle, d’être féministe. Comment elle le vit. Ce que ça fait résonner en elle.

Être féministe de nos jours, me dit Vero, bien sûr c’est un combat quotidien pour l’émancipation des femmes, pour faire valoir nos droits, pour l’égalité… mais c’est aussi une vigilance de tous les instants face à un discours dominant patriarcal qui est malheureusement omniprésent. Être féministe, c’est avoir ce recul nécessaire et être attentive, rebondir, réagir face à tous ces discours inégalitaires et machistes, pétris de stéréotypes de genre. Ces discours qui contribuent à renforcer les inégalités entre les hommes et les femmes. Des inégalités qui perdurent, qui parfois même s’accentuent.

Et au vu du contexte économique et sociétal qui est le nôtre, elle me dit qu’il faut être encore plus attentive. Déjà, le fossé entre les riches et les pauvres s’est élargi, et parmi ces derniers, combien de femmes isolées avec enfants ? Les inégalités sociales et la pauvreté galopante accroissent les inégalités de genre : l’accès au travail en est un parfait exemple. Elle me rappelle aussi que rien n’est acquis : combien de pays ont récemment remis en question le droit des femmes à pouvoir avorter librement ? En Belgique aussi, on peut faire le constat d’un recul général du point de vue des droits des femmes. Ce fameux discours stéréotypé contre lequel, en tant que féministe, Vero se bat, avec le temps il s’est fait plus subtil, et ceci le rend d’autant plus dangereux : quand les choses ne sont pas claires, on peut vite se laisser embarquer par un discours, une façon de voir qui n’est que rarement à l’avantage des femmes.

Ne pas laisser dire, ne pas laisser faire.

Vero me raconte que son féminisme plonge ses racines dans son histoire personnelle : elle et sa sœur ont été élevées par leur mère, formant un trio féminin qui ne passait pas inaperçu au sein des réunions de famille. Une famille d’origine sicilienne, immigrée dans la région du Centre. Vero, ado, trouvait injuste de ne pas jouir des mêmes droits et des mêmes privilèges que ses cousins garçons. Elle est reconnaissante de l’éducation que lui a donnée sa maman : celle-ci a appris à ses deux filles à se débrouiller seules, à être autonomes, à ne dépendre de personne et surtout pas d’un homme. C’est aussi elle qui a emmené Vero et sa sœur à leurs premières manifestations, avec Vie Féminine, quand elles étaient encore enfants.

Solidarité Femmes a complété cette vision du monde.


Pour aller plus loin :