Sandrine

Sandrine, c’est « La P’tite » (ou « Chti » !), c’est celle qui range tout ce qu’elle trouve et qui court partout en enchainant les entretiens et les déplacements ! C’est aussi celle qui tient la comptabilité des anniversaires des collègues et est l’architecte de ces courts mais précieux moments de légèreté où l’équipe se réunit dans l’arrière-cuisine le temps d’une chanson et d’un petit cadeau.

Sandrine Roosen a fait son stage de criminologie chez Solidarité Femmes et y a été engagée dès la fin de ses études, en 2007, soit il y a pratiquement 15 ans.

Sandrine Roosen, la conseillère juridique de Solidarité Femmes

Sandrine est conseillère juridique au sein de la maison d’accueil pour les femmes hébergées. Elle dresse avec celles-ci, dès leur arrivée, un bilan de leur situation juridique : la dame est-elle mariée ? A-t-elle des enfants d’une autre union ? A-t-elle déjà déposé plainte ? Dispose-t-elle d’un compte bancaire personnel ? A-t-elle des prêts en commun avec son conjoint ? Etc. Elle répond à toutes les questions d’ordre juridique.

Enfin, elle voit avec la personne ce qu’elle souhaite éventuellement mettre en place d’un point de vue juridique, elle lui donne les informations utiles et elle l’accompagne dans tout son cheminement : pour préparer un dépôt de plainte, par exemple, ou pour entreprendre les démarches liées à la séparation et à la garde des enfants. Parfois, la personne ne sera pas désireuse d’entreprendre de quelconques démarches. Ce n’est en effet pas toujours nécessaire : une femme non mariée et sans enfants en commun avec le partenaire violent n’aura pas forcément besoin des services de Sandrine, si elle ne souhaite pas déposer plainte. Mais elle sortira de ce premier entretien avec les idées claires sur ce qu’elle peut faire, d’un point de vue juridique, si elle en a envie.

Une personne-relais… ou un ange-gardien !

C’est Sandrine qui s’occupe de prendre rendez-vous avec une avocate quand une intervention judiciaire de ce type est nécessaire. Elle s’occupe aussi de réunir toute la documentation demandée pour que la dame puisse bénéficier d’une aide juridique gratuite. Le travail de Sandrine ne s’arrête pas pour autant quand commence celui de l’avocate. Elle propose en effet à la dame de l’accompagner durant les consultations. Sandrine sera souvent la personne-relais entre l’avocate et sa cliente si celle-ci le souhaite. Pour la femme dont elle assure le suivi, Sandrine est une sorte d’ange gardien : une personne de confiance qui reste à ses côtés pour lui donner du courage et pour clarifier le moindre doute, quand le monde de la justice peut paraitre parfois terrifiant et opaque. Une présence discrète mais rassurante, qui est là aussi pour rappeler à l’ancienne victime qu’elle n’est pas, qu’elle n’est plus seule… même si elle est tout à fait capable de s’en sortir de manière autonome. Cet accompagnement est garanti durant toute la durée de l’hébergement. Il peut se prolonger en post-hébergement, si la personne, là encore, en exprime le désir.

Sandrine collabore avec des avocates en droit de la famille qui travaillent dans le cadre de l’aide juridique légale (ce qu’on appelait avant l’intervention pro deo). Des avocates qu’elle connait pour leur avoir confié de nombreux dossiers de femmes hébergées. Des avocates qui sont de ce fait sensibilisées à la problématique bien spécifique des violences conjugales.

Les consultations juridiques en ambulatoire

Parfois, Sandrine se déplace au siège social pour rencontrer des usagères du service ambulatoire. En effet, une consultation juridique gratuite est proposée aux femmes victimes de violences qui n’ont pas besoin d’hébergement. Cette consultation en ambulatoire est assurée par Mireille pour les questions générales et par Sandrine pour les questions plus précises.

Sandrine, depuis peu, assure également une permanence juridique à Charleroi, pour l’association Maison Plurielle, avec laquelle Solidarité Femmes a établi un partenariat. Cette permanence a lieu une fois par mois et est gérée directement par Maison Plurielle.

Bien sûr Sandrine assure aussi un renfort à la ligne d’écoute 0800 30 030 dans le cadre des Pôles de ressources en violences conjugales et intrafamiliales. Toujours dans le cadre des Pôles, elle donne des formations aux professionnel·les pouvant être confronté.es à des situations de violences conjugales dans leur pratique.

Les constats de Sandrine : une évolution (trop) discrète mais (quand même) positive

Forte de quinze ans d’expérience au sein de Solidarité Femmes, Sandrine pose différents constats. D’abord elle déplore que beaucoup de dossiers ne passent pas au tribunal correctionnel et que les classements sans suite soient fréquents. Quand le dossier passe en correctionnelle, la sanction reste quand même faible ou banale, même si la culpabilité de l’auteur des violences est reconnue. On condamne l’auteur à verser une amende ou à une peine de prison… mais avec sursis. Récemment, Sandrine a même été confrontée à une suspension du prononcé alors que les faits de violence avaient bien été reconnus : le casier judiciaire de cet homme à l’heure actuelle est donc toujours vierge et ne fait nullement mention des violences dont il a été l’auteur. Il y a néanmoins un suivi qui est souvent imposé concernant les addictions ou la gestion de la violence et ça c’est une bonne chose, me dit Sandrine.

Sandrine constate une évolution discrète mais positive de la manière dont la Justice appréhende les cas de violences conjugales. Au niveau civil, les tribunaux sont de plus en plus prudents dans les décisions. Par exemple, on passe par l’espace-rencontre beaucoup plus souvent pour les enfants.

De la nécessité de former les professionnel·les à la problématique des violences conjugales

Mais l’espace-rencontre n’est malheureusement pas privé de défauts. Elle me dit que des professionnel·les y travaillant ont accusé récemment une femme suivie par Sandrine d’aliénation parentale juste parce que son tout petit âgé d’à peine un an ne voulait pas quitter ses bras… Les travailleuses et travailleurs sociaux ne sont pas toujours formé·es à la problématique des violences conjugales et les maladresses et mauvaises interprétations du cadre familial sont légion. Des erreurs qui peuvent être dramatiques pour les anciennes victimes de violences conjugales et pour les enfants eux-mêmes quand elles influent sur les jugements relatifs à la garde.  

Sandrine n’assiste plus aux audiences depuis que celles-ci se déroulent à huis-clos. D’un côté, c’est frustrant car elle doit se contenter du compte-rendu de l’avocate, d’un autre côté elle n’est plus contrainte à entendre la partie adverse, qui la fait toujours bouillonner intérieurement.

« Mais quand tu terrorises ta compagne, quelle image tu renvoies à tes enfants et quelle éducation tu leur donnes ? »

Je lui demande ce qu’elle améliorerait, dans notre société, si elle avait une baguette magique. Elle me dit : une meilleure connaissance et reconnaissance de la problématique pour une meilleure prise en charge, tant d’un point de vue social que juridique. Une meilleure compréhension de la problématique donnerait lieu aussi à une meilleure compréhension des violences post-séparation. Les décisions rendues au tribunal seraient plus adaptées aux victimes et aux enfants. Ainsi, l’idée qu’un mauvais mari n’est pas forcément un mauvais père est une idée prédominante dans le chef des magistrats. Mais quand tu terrorises ta compagne, quelle image tu renvoies à tes enfants et quelle éducation tu leur donnes ? Il faut prendre en compte l’impact que ça a sur les victimes et sur les enfants. L’idée n’est pas de couper tous les contacts et tous les liens avec le père. Il faut évaluer l’évolution de la situation et questionner les capacités du père. Parfois une décision avec plus d’étapes, voire une rupture de contact, est nécessaire. Il y a toujours cette idée du droit absolu au père et on va toujours en demander plus à madame…


Lorsqu’elle était étudiante, Sandrine s’est intéressée aux violences conjugales par hasard : sur la liste des sujets de mémoire, celui-ci l’intriguait car justement elle n’y connaissait rien. Fille de parents divorcés, elle a grandi avec un modèle de mère autonome, totalement indépendante, et un modèle de père échappant aux stéréotypes : un papa qui cuisine, qui fait le ménage, qui s’occupe de ses enfants… Elle n’avait pas été confrontée à la violence conjugale ni dans sa jeune vie amoureuse ni dans son entourage amical et familial. Sandrine a fait son stage au plus près des victimes, au sein de la maison d’accueil de Solidarité Femmes, et a rédigé un mémoire portant sur la prise en charge des auteurs. Elle sortait donc de sa formation universitaire avec une vision théorique englobant les deux faces d’une terrible médaille. Entrer à 23 ans chez Solidarité Femmes et ne plus en sortir l’a forgée et construite en tant que professionnelle mais aussi en tant que femme. Son féminisme n’a pas éclos au moment de la signature du contrat, il était déjà là bien avant cela, mais il s’est affiné et consolidé.

Revoir les femmes avec qui on a parcouru un bout de chemin

Elle a rencontré tellement de femmes, Sandrine. Je les vois presque défiler dans ses yeux quand je lui demande si elle retient une histoire en particulier. Mais comment faire ? Comment choisir ? Bien sûr les rencontres du début ont été pour elles les plus marquantes. Ces femmes, elle en revoit certaines à l’occasion de la Saint Nicolas. Pour l’association, il s’agit d’un rendez-vous annuel incontournable et à chaque fois riche en émotions. Les anciennes hébergées viennent avec leurs enfants rencontrer le Grand Saint. Elles retournent là où tout a re-commencé pour elles. Elles retrouvent le personnel de la maison d’accueil, ainsi que d’autres femmes ayant partagé quelques semaines, quelques mois de leur vie là-bas.

Elle me parle de la transformation physique impressionnante de certaines d’entre elles qui arrivent au refuge avec des vêtements tristes et informes les dissimulant aux yeux du monde plus qu’ils ne les habillent : quelques années plus tard on les retrouve rayonnantes, avec une nouvelle coupe de cheveux, avec des tenues qui les mettent en valeur. Elles ont appris à prendre du temps pour elles et à se regarder avec bienveillance.

Parfois Sandrine croise dans la rue des femmes dont elle a assuré le suivi il y a plusieurs années. J’imagine tout ce qui doit défiler dans leur mémoire, à l’une comme à l’autre, l’espace de quelques secondes.

D’autres sont parties habiter loin, elles ont « refait leur vie » comme on dit et on ne les voit plus. Mais on espère qu’elles sont heureuses.

Notre entretien se termine en même temps que la journée de travail de Sandrine : une journée bien remplie – je l’ai vu : elle ne s’est pas arrêtée une seconde. Une journée passée à accompagner des femmes dans leurs démarches pour reprendre les rênes de leur vie, une vie où la violence n’a plus sa place.


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